J'aurais pu être normale si certains éléments n'étaient pas venus réclamer leur part, 10 ans après.
Si ça avez été le cas on se serait fiancés comme tu me l'avais promis. Je ne t'aurais pas fichu des coups dans le ventre, je n'aurais pas encerclé ton coup de mes petites mains blanches comme la craie. Mais malheureusement je ne suis rien de ça.
Et allongé là, sur ce gravat, je te sens derrière moi. La forme de ton corps épouse parfaitement la forme du mien. Ta chaleur se diffuse dans tout mon être et ton souffle caresse ma nuque pleine de cheveux bruns et longs. Il y a dans notre sommeil des rêves magnifiques, le genre de rêve que font les amoureux, ceux qui vous enmène sur un royaume dans les nuages pour vous réveiller dans le paradis d'un lit d'amants.
Parfois tu te retournes, sans pour autant t'en aller bien loin. Tu restes là et je te sais présent, ce qui m'empêche de sombrer dans cette rage omniprésente, dans le tourment dans lequel je vis, dans mon esprit où rien ne pousse plus depuis l'enfance. Tout est en friche, ravagé, noir et orageux. L'air y est si lourd que je ne sais combien de temps encore je retiendrais les éclairs.
Mais ces soucis semblent bien loin quand, libres et légers, nous partageons la douceur du sommeil. Et j'espère ne jamais plus me réveiller, ne jamais plus partir d'ici, avoir à se lever, à affronter la réalité et à m'enfoncer un peu plus profond pour ne plus avoir à endurer cette souffrance d'autiste.
Parfois je me réveil un instant, regarde ton corps nus et beau par sa candeur d'éphèbes et sa fermeté. La beauté du monde se peint sur ton visage endormis. (Il n'y a pas ce satané chat qui miaule, dieu merci.)
Et à ce moment là j'aimerais te toucher, te carresser le ventre, glisser ma main derrière ton oreille mais je ne peux.
Je tente un mouvement mais je n'y parviens pas.
Parce qu'enfermé dans ma camisole, au milieu des murs blancs, je réalise que tu n'étais qu'un souvenir.
Je t'aime...